GR 10 en pays Basque – Août 2020

J0 : arrivée  à Hendaye

41°C à Hendaye à notre arrivée. Après un plouf dans l’Atlantique, passage obligé au casino de la ville, point de départ du GR10. Nous sommes prêts.

J1: Hendaye – Olhette

21km +1200m/-1100m, départ 9h – arrivée 18h

Le chemin suit d’abord la Bidassoa, traverse le vieux village de Hendaye puis s’élève à travers les fermes au style basque : murs blancs, huisseries rouges. Rouge basque bien sûr. On arrive vite à Biriatou surtout connu pour son péage et ses embouteillages géants. C’est en fait un village pittoresque dont la tranquillité est troublée aujourd’hui par des clameurs. Elles proviennent du fronton où 4 joueurs s’empoignent dans une partie de pala, une des formes de la pelote basque. Le chemin s’élève ensuite vers les collines. On entend d’abord leurs cloches, puis on découvre sur les hauteurs les premiers pottoks, les chevaux basques que nous verrons souvent sur notre chemin. Plus tard, nous passerons à côté d’un troupeau de betizus. C’est un des derniers troupeaux de vaches sauvages, espèce ultra protégée. Anne marche doucement. Je marche derrière elle. Exercice de patience. Le chemin redescend enfin sur le hameau de Olhette que nous rejoignons vers 18h. Accueil sympa au gîte avec des rafraîchissements. La chaleur est encore éprouvante. Un couple arrive peu après nous. On leur propose des rafraîchissements. Pour eux, les rafraîchissements c’est d’accord, mais d’abord la bière. Ce sont Sébastien et Élodie, 2 Belges adorables qu’on retrouvera tous les soirs jusqu’à Saint Jean pied de port. Ils travaillent leur projet de vie : ouvrir un gîte.

J2 : Olhette – Ainoha

21km, +700m/-700m, départ 8h30 – arrivée 18h

La montée vers la Rhune se fait sous une pluie fine et le brouillard.

On redescend ensuite sur le village de la Sarre en pleine effervescence. On est samedi, et c’est jour de mariages. Nous nous installons sur la place du village et commandons quelques spécialités du pays. Je découvre l’irouleguy, le vin basque et je comprends vite pourquoi sa réputation n’a pas franchi les limités du pays basque.

réjouissances basques que nous regretterons amèrement dans les derniers kilomètres de la journée.

On passe un peu de temps à observer les randonneurs à la mise rudimentaire qui se mélangent aux familles endimanchées.

Jusqu’à Ainhoa, le GR circule sur des routes et des chemins de ferme. C’est joli mais c’est plus long que prévu et la chaleur a fait son retour. Lorsque nous arrivons enfin au camping, Anne fait un court malaise. Le découragement est proche.

Ainhoa est un petit village charmant. Anne se remet très vite et nous passons la soirée à la terrasse d’un café en compagnie d’autres randonneurs rencontrés sur la route en dégustant une pizza avec un verre d’irouleguy pour vérifier la première impression. Impression confirmée : ce vin est à l’image des basques : puissant et rugueux.

J3 : Ainhoa – Bidarray

21km +800m /-800m, départ 8h30, arrivée 18h

Le topo-guide nous annonce pour aujourd’hui une descente difficile et exposée. Ma corde en fond de sac est prête pour le service. La montée du matin se fait sous un ciel chargé. Le GR suit un chemin de croix. L’itinéraire est facile, pourtant, l’esprit ailleurs je commets une erreur qui nous coûte 30mn. On atteint finalement les 3 croix, un lieu qui respire la bonne humeur.

Ici, étonnamment c’est la souffrance des larrons qui attire la compassion.
Le GR suit un moment la frontière entre France et Espagne marquée par des bornes qui ont résisté à Schengen

Après une jolie traversée des hautes collines basques, c’est la descente vers Bidarray (prononcer BidaRRRay). Anne a le pied plus sûr maintenant et elle descend doucement mais sûrement. Pas besoin de corde. Encore une longue vallée à parcourir et nous arrivons au joli village de Bidarray. A la recherche d’un bivouac, nous sommes gentiment accueillis à l’aire de bivouac du gîte Zabal. Nos voisins sont d’autres randonneurs et des  ânes parqués là. Nous sympathisons avec les uns et avec les autres.

J4 : Bidarray – St Etienne de Baïdorry

16km +1300m/-1300m, départ 8h30 – arrivée 18h30

Ce matin, ça monte raide tout de suite. Les jambes sont lourdes. En plus, ça monte longtemps. On finit par atteindre une longue crête et ses sommets qui dépassent 1000m pour la première fois. Le temps fait alterner les éclaircies et des pluies fines.

Mais le spectacle sur les crêtes est grandiose.

Une tortue géante vit là haut.. Elle montre sa tête de temps en temps

La crête se termine enfin, et nous arrivons à un col qui nous permet d’amorcer notre descente comme on dit chez les avions de ligne. Elle traverse d’abord des pentes vertigineuses couvertes de fougères. Puis des pentes plus douces nous permettent d’atteindre St Etienne de Baïdorry. Aïe, le camping est complet. La propriétaire nous rassure. Ici, on ne refuse pas les randonneurs. Elle nous trouve un emplacement qui fait notre bonheur. La tente est vite montée, la lessive du jour expédiée. Ce soir c’est resto.

J5 : St Etienne de Baïdorry – St Jean pied de port

20km +900m / -900m, départ 7h30, arrivée 15h30

Un peu de répit aujourd’hui. Le sentier de montée circule à flanc des sommets sans chercher à les visiter. Ça tombe bien, Anne a les traits tirés après plusieurs jours de marche et les yeux cernés après plusieurs nuits sous la tente. La chance est avec nous, une chambre en gîte vient de se libérer à St Jean pied de port. Elle sera pour nous.

La descente se fait sur d’agreables routes de fermes. J’abandonne bientôt Anne pour être à la poste de St Jean pied de port avant sa fermeture. Je dois récupérer un colis avec des provisions pour la suite de notre périple.

J6 : St Jean pied de port – Kaskoleta

La nuit a été réparatrice. Le temps est splendide ce matin. 

17km +900m / -400m, départ : 7h45, arrivée : 15h30

Je trouve que mon sac est léger. Après 1km je comprends que j’ai tout simplement oublié nos provisions dans le frigo du gîte. J’y retourne en footing. Encore une fois, nous nous élevons vers les pâturages. On regarde un moment 2 éleveurs qui tentent de charger dans leur remorque une génisse récalcitrante. On les abandonne après que celle-ci s’est échappée en sautant par dessus l’enclos et est partie furieuse dans les fougères. On ne savait pas qu’une vache était capable de sauter si haut. Il semble bien que la vache et les éleveurs ne le savaient pas non plus.

Un peu plus tard, nous nous arrêtons pour discuter avec 2 paysans en train de faucher. Ils sont inquiets, car à cause de la sécheresse,  il y aura peu de foin.  Quand le plus vieux des deux apprend qu’on va vers le refuge de Kaskoleta, il nous le déconseille dans un sourire coquin « c’est pas bon là bas. Je suis bien placé pour le savoir, c’est ma belle fille qui gère le refuge. Et lui, c’est son mari. »

Il est 13h, et nous voici redescendu dans le petit village de Esterençuby. Il fait chaud mais le village est traversé par une jolie rivière ombragée. L’endroit idéal pour la pause picnic.

Esterençuby et son inévitable fronton

La dernière montée vers le refuge de Kaskoleta se fait sous la chaleur, mais nous montons à un bon rythme. Nous atteignons finalement le refuge de Kaskoleta posé sur des reliefs tout en douceur. C’est ici que nous bivouaquerons ce soir.

La gardienne du refuge s’appelle Mayalène. Ses glaces au lait de brebis sont incroyables. Nous aurons avec elle une intéressante discussion sur les subventions de l’agriculture de montagne sans lesquelles il n’y aurait plus de paysans dans la région depuis longtemps (et plus d’Ossau Iraty non plus.) Ces paysans façonnent aussi des paysages d’une grande beauté. Mayalène dit que les subventions sont plus importantes pour les exploitations en altitude afin de prendre en compte la déclivité plus forte sur ces terrains. C’est compréhensible, mais des fois c’est injuste. Son père peine à vivre de son élevage de vaches prim holstein en fond de vallée sur des terrains difficiles, alors que sa belle famille qui exploite plus en altitude des terrains tout en douceur s’en sort confortablement grâce aux subventions.

Posé devant le refuge en fin d’après midi, je salue un jeune homme qui arrive du GR. Il me salue à son tour puis se retourne et crie un puissant « allez ! ». Au ton de sa voix, je me dis qu’il doit s’adresser à son chien épuisé par la montée. Quelques instants plus tard je vois arriver une jeune fille en pleurs. Zut, un pervers. Je suis choqué. Un peu par lâcheté, un peu parce que je sais que la réalité est souvent plus complexe que les apparences, je ne lui fais pas de remarque. Je l’ignore simplement tout le reste de la soirée. Le lendemain, Anne m’apprend qu’ils sont frère et soeur. Nous allons les revoir souvent pendant les prochains jours. Frérot fait découvrir la randonnée à sœurette et malgré un peu de maladresse on va découvrir un garçon gentil et attentionné.

J7 : Kaskoleta – chalets d’Iraty

20km +1400m / -700m, départ 7:30, arrivée 18:00

Peu après notre départ, nous faisons une erreur d’itinéraire sans conséquence. Nous interceptons un couple en train de faire la même erreur et nous les remettons sur le chemin. Nous grimpons ensuite ensemble jusqu’au col d’Irrau.

Près du col d’Irrau

Après avoir devisé gaiement et regardé (trop vite) la carte, nous partons tous les quatre dans la mauvaise direction. Il faut dire que le GR se sépare en 2 à cet endroit. Ils marchent plus vite que nous et après 30mn je m’aperçois de notre erreur. Ils sont trop loin, impossible de les prévenir, ils partent droit vers l’Espagne. Lorsque nous les retrouverons quelques jours plus tard, ils nous expliqueront qu’ils ont marché 1h jusqu’à un sommet avant de s’apercevoir de leur erreur.  Lui est furieux. C’est à ce moment là qu’un cycliste les approche pour se faire photographier avec son vélo. Il accepte en maugréant, puis sur un regard de sa femme, il prend conscience qu’il est face à Bixente Lisarazu.

Aujourd’hui nous grimpons jusqu’à 1400m d’altitude

Avant d’arriver à notre destination, nous longeons un petit lac. On ne résiste pas à une réjouissante baignade. Frérot et sœurette qui marchaient avec nous en cette fin de journée décident d’en faire autant.

Lorsque nous arrivons aux chalets d’Iraty, on comprend que notre projet de bivouac va être compliqué. Les jolis espaces entre les chalets sont privés. Après avoir un peu cherché, nous décidons de revenir sur nos pas de 2km pour rejoindre le camping.  Frérot et sœurette persistent. Il faut dire que sœurette est épuisée. Elle est de nouveau au bord des larmes.

J8 : chalets d’Iraty – Logibar

17km +500m / -1400m, départ 7:00, arrivée 16:00

Après une belle section en balcon, le GR se poursuit sur une longue crête descendante.

Carole et Bruno (rencontrés à Kaskoleta) en perspective avant que le sentier en balcon ne plonge vers la crête

Il fait très chaud. On trouve une jolie plateforme ombragée pour la pause picnic, puis on fait la connaissance de Enguerrand qui profite de l’ombre pour souffler un peu. Il nous donne des nouvelles de frérot et sœurette à qui il a cédé son coin bivouac hier soir. Enguerrand a la quarantaine. Il est matelot, cultivé et polyglotte. Il marche avec un matériel rudimentaire. Pas de tente, mais une bâche. Pas de matelas car les fougères font bien l’affaire. Son sac à dos ressemble à celui que j’avais quand j’étais louveteau ! On appelait ça à l’époque un sac tyrolien.

Arrivés à Logibar, nous commandons moult diabolos menthe puis nous appelons le camping de Larreau. Hélas, il est complet. Nous sommes une dizaine de randonneurs à chercher une solution pour passer la nuit dont Enguerrand, Carole, Bruno, frérot et sœurette. Elle est au bout de sa vie. Elle a de multiples ampoules et un genou en compote. Ils ont décidé d’arrêter leur rando ici.

On décide de laisser retomber la pression par un petit bain dans la rivière. Puis, lorsque le soleil passe derrière la montagne, nous rejoignons un parking à camping cars en espérant y installer un campement. Mais c’est un endroit sordide. À la tombée de la nuit, Anne propose qu’on rebrousse chemin car on a vu une plateforme en herbe avant Logibar, mais on ne sait plus estimer sa distance. En fait, elle se trouve à 5mn de marche et la plateforme est accueillante. Une fois la tente montée, je redescends pour informer frérot et sœurette qu’il y a de la place pour eux. Ils nous rejoignent et montent leur tente. Quelques instants plus tard l’orage éclate.

J9 : Logibar – sainte Engrace

25km +1200m / -900m, départ 7:00, arrivée 18:00

Nous rattrapons Carole et Bruno qui ont passé la nuit sur le parking des camping cars. La vue est magnifique. On en profite pour leur demander de nous prendre en photo.

On suit bientôt une piste qui permet d’accéder aux nombreuses bergeries présentes dans ce secteur.

Les brebis de l’extrême font du pâturage en pente raide

Puis après un dernier col qui donne un aperçu impressionnant sur les sommets du Béarn, on redescend en douceur vers sainte Engrace. Nous n’avons plus de provisions et il est difficile de se re-aprovisionner par ici, alors on a réservé au gîte. C’est Maïté qui nous accueille.

La covid ayant fortement réduit les capacités d’accueil du gîte, on doit installer notre tente juste en face du gîte, contre l’abside de l’église.

Le repas du soir est animé. On retrouve Enguerrand, Nicolas et Renko. Nicolas est parisien, photographe, ancien trader et international d’aïkido. Il est venu seul sur un coup de tête pour marcher 30 jours dans les Pyrénées. Il bivouaque la plupart du temps. Pas de tente, mais un sursac de couchage étanche. Ma foi… Il a sympathisé avec Enguerrand, alors le soir ils se retrouvent au bivouac. Renko est un hollandais qui a abandonné pour 2 mois sa famille et son boulot de consultant, le temps de faire la traversée des Pyrénées. Ce soir, c’est lui qui conclut « merci, c’était une soirée très jolie ». Qui dit mieux ?

L’orage éclate après le repas et la tente bouge dans tous les sens. Au matin, elle tient toujours mais c’est un miracle car les sardines tiennent à peine. Merci sainte Engrace ! (la prochaine fois, il faudra quand même que je les enfonce un peu plus.)

J10 : ste Engrace – refuge Jeandel

12km +1200m / -200m, départ 8:00, arrivée 14:00

Nous avalons maintenant le dénivelé sans nous en apercevoir (ou presque).

Les hêtraies succèdent comme d’habitude aux chêneraies et elles annoncent l’alpage.

Nous arrivons au col de la pierre St Martin avec une jolie vue sur le pic d’Anie.

Ces 2 jeunes qui découvrent le pic d’Anie sont très sympas. Ils sont équipés de manière approximative mais ils se régalent et ils n’ont pas froid aux yeux. Ça m’a rappelé des souvenirs. On les a appelés Stéphane & Nicolas.

De l’autre côté du col, la vue est moins agréable.

Heureusement, l’accueil chaleureux de Anthony et Matthieu les gardiens du refuge, nous fait oublier ce triste décor.

L’après midi se passe tout en douceur. J’en profite pour faire mieux connaissance avec Renko. Le courant passe bien entre nous. Il regarde mon sac à dos et ma tente fabriqués aux US avec circonspection. Lui, il a pris soin de s’équiper 100% européen. La société américaine lui donne la nausée. Plus généralement, il a besoin de prendre ses distances avec la société de consommation. Pour lui, cette randonnée est un peu une retraite.

Vers minuit, l’orage éclate. Les rafales de vent dépassent les 100km/h. Nous dormons confortablement dans le refuge. Mais nous apprendrons le lendemain que dehors pour les bivouaqueurs c’est une autre histoire. Une des tentes s’est envolée. Son habitant a pu s’installer dans le refuge. La tente a roulé vers celle de Renko. Lorsqu’il sort à son tour, une tôle vibre et menace de s’arracher. Renko m’a dit plus tard « je croyais que je serai guillotiné ».

J11 : refuge Jeandel – Lescun

15km +400m / -1200m, départ 8:00, arrivée 14:00

La montée dans un lapiaz très fracturé débouche sur une fenêtre avec une magnifique vue sur le pic du midi d’Ossau.

Cette fenêtre marque la frontière entre pays basque et Béarn.

La GR descend ensuite dans un cirque magnifique. L’arrivée à Lescun nous confirme que le pays basque est derrière nous : pas de volets rouges, pas de nom imprononçable et surtout pas de fronton.

Nous arrêtons ici… pour reprendre plus tard c’est promis. La courte étape vers Estaut sera très bien comme étape de reprise. Il nous reste 5km encore à descendre pour attraper un bus vers Bedous et rejoindre Pau.