Marguerite

– Punaise Max, j’suis sûr qu’on va encore les voir au bord de la voie aujourd’hui. Qu’est-ce que qu’ils cherchent ? Pourquoi qu’ils regardent passer notre train tous les matins ?

– Arrête un peu Sacha, t’as aucune raison de t’inquiéter.

– Facile à dire. Moi, j’ai un mauvais pressentiment.

– Mais non, tu sais très bien qu’on étaient seuls dans la cabane quand ça s’est passé.

– Tu sais quoi, maintenant j’en suis plus si sûr. Ils étaient peut-être pas loin, cachés, ou à jouer à leurs jeux de gosses. T’imagines un peu ce que ça veut dire ?

– Tu psychotes Sacha. Détends-toi. Tout va bien. Ils s’amusent c’est tout. Tous les enfants aiment regarder passer les trains, non ?

– J’arrive pas à me calmer ! Chaque fois que je les vois au bord de la voie, ils me filent la chair de poule. Après je pense plus qu’à ça toute la journée. Les collègues me disent que je suis à côté de mes pompes. Et tu sais quoi, ils ont raison. Et j’te parle pas de mes nuits. Plus moyen de dormir. Je revois leurs regards d’enfants braqués sur nous. Je pense qu’on a fait une connerie Max. Ces gosses ils me foutent la trouille.

– Mais réfléchis un peu au lieu de paniquer ! Tu sais bien que ces gamins sont un peu demeurés. Ils comprennent rien à rien. C’est à peine s’ils savent comment ils s’appellent. Même s’ils ont vu ou entendu quelque chose ils sont bien incapables de comprendre ce qui s’est passé et encore moins d’aller l’expliquer à qui que ce soit.

– Ça c’est ce que tu crois. Moi, j’en suis plus si sûr.

– Ecoute Sacha, après tout c’est pas notre faute. On lui voulait pas de mal à Margot. Je dirais même que c’était pour son bien. Rends-toi compte un peu, c’est pas si simple pour une pensionnaire de ce centre de débiles de trouver des garçons qui veulent bien prendre un peu de bon temps avec elle. Tu t’rappelles, elle passait son temps à rêvasser au bord des chemins, en souriant bêtement à tout le monde. Elle était pas capable de dire trois mots à la suite. Elle faisait pitié non ? Mais son corps … Nom de Dieu ! une vraie provocation. Qui aurait imaginé quand on voyait déambuler ce tas d’os dans le village qu’elle deviendrait ce joli morceau de fille bien pulpeuse ? Et puis elle avait l’air contente quand on l’a emmenée dans la cabane, non ? Si ça lui plaisait pas, elle avait qu’à le dire. Qu’est-ce qui lui a pris à gueuler comme ça d’un seul coup ? C’est bien les gonzesses ça ! Elles t’allument pour attirer l’attention et puis quand tu veux t’occuper d’elles, elles veulent plus de toi. Elle nous a pas laissé le choix Sacha, c’est tout.

– Mouais, t’as pt-être raison. Mais Margot c’était comme une maman pour ces gosses. Y’avait qu’elle qui savait les prendre. C’était la seule qui savait les calmer. Sans elle, ils étaient imprévisibles, ils étaient intenables. Punaise, des vraies furies ! Personne était à l’abri de leurs mauvais coups. Ils étaient capables de tout. No limit. Ils en ont pris des branlées ! Et ben ça avait pas l’air de les calmer. On aurait dit que c’était le contraire. Ça les stimulait dans leur créativité malfaisante. Ils foutaient la trouille à tout le monde. Et puis quand ils étaient avec elles on les reconnaissait plus.  On les croisait tous les 3 sur les chemins à se promener tranquillement ou on les voyait passer des heures assis dans un champ à regarder les nuages. Qu’est ce qu’y pouvaient bien se raconter dans leur langage de débiles ? Je pense qu’on a fait une grosse connerie Max. Va savoir ce qu’ils vont inventer pour se venger s’ils savent que c’est nous pour Margot. Ça me glace le sang.

– Te fais pas de bile, va. Leur présence le long de la voie ces derniers jours, j’suis sûr que c’était une coïncidence. Tu verras, aujourd’hui y aura personne.

– Eh ben t’as tort, regarde, ils sont là !

– Oh nom de Dieu t’as raison. Qu’est-ce qu’ils foutent encore là ces sales gosses.

– Regarde, ils ont quelque chose dans la main.

– Oui, c’est bizarre. Tu vois ce que c’est ?

-Non, pas encore. Ah, ça y est. C’est une fleur. Regarde, ils la tendent vers le train. Punaise ! c’est une marguerite.

Thème : Dans un champ, deux enfants tendent un bouquet de fleurs vers un train qui passe.Laissez venir les images… où est votre narrateur ? dans le champ, dans le train, ailleurs ? Aurons-nous une réponse à toutes les questions suscitées par cette scène ? Scène qui peut très bien n’être qu’un prétexte à l’histoire qui vous viendra… Donnez-vous toute liberté en faisant confiance à votre imagination !