Cap au sud !

Le vent fraîchit encore. Il est temps de prendre un ris. Tu descends les vagues dans un bruit assourdissant. Par moment, ta proue est engloutie sous la surface puis ressort furieusement en projetant d’immenses paquets d’eau. D’inquiétants flots glacés déboulent sur le pont et ruissellent le long de la coque. Tu ne te  laisses pas impressionner et conserves ta trajectoire fluide. Je sens que tu exultes dans ce combat singulier avec la houle. As-tu passé un pacte avec l’océan pour rouler sur l’onde avec tant de confiance ?

Tu étais si nerveux au départ de la course. Tes coups de gîtes étaient brutaux. Tu m’imposais de violentes corrections de barre pour éviter empannages ou départs au lofe qui auraient pu être graves de conséquences. Est-ce que tu voulais savoir à qui tu avais affaire ? Plus tard, au milieu de l’Atlantique nous avons affronté un sacré coup de tabac. J’ai pris alors la mesure de ta ténacité et de tes ressources dans le gros temps. Tu m’as montré que tu avais du cœur. Je n’ai pas dormi pendant trois jours. Nous faisions face ensemble. Nous étions rincés mais nous avions besoin l’un de l’autre. Je crois que c’est à ce moment que j’ai ressenti qu’une complicité s’installait entre nous.

Nous avons vu passer le cap de Bonne espérance dans la lumière du petit matin et nous avons décidé de plonger vers le sud pour défier les gros glaçons du cinquantième parallèle. Nous avions une telle confiance l’un dans l’autre que nous pouvions nous permettre cette folie. C’est là que notre écart s’est creusé avec les autres concurrents qui ne pouvaient pas  tenter un tel coup de poker. Le cap Horn s’est montré à l’horizon avec cinq jours d’avance sur nos premiers poursuivants.

Et maintenant nous sommes là, à danser tous les deux dans la houle sous une forte brise. Cap sur la Rochelle. La victoire nous attend. Mais une victoire au goût amer, qui mettra un terme à notre amitié. Je sais que toi aussi tu es mal à l’aise sous le feu des projecteurs. Tu préfères le vent et l’écume, le bruit de l’étrave qui fend la vague, le sifflement du vent dans les haubans, les couleurs de l’océan et les ciels d’aquarelle, le temps qui s’étire dans le lent balancement de la houle ou qui s’accélère dans les méchants coups de vent.

Virement de bord. Cap au sud ! La Rochelle attendra. La course est finie pour nous, c’est notre décision. On nous croira disparus ? Qu’importe ! On cherchera des explications bien sûr. Mais qui imaginera qu’un navigateur a abandonné la victoire pour une navigation à vau-l’eau sur l’océan par amitié pour son bateau.

Le thème de la séance : une bouteille à la mer !

Vous écrirez un texte à la forme libre…
Longueur maximum : 2 pages A4, police 12.

Le texte comprendra cinq mots choisis dans la liste suivante : aquarelle, à vau-l’eau, engloutir, fluide, mangrove, oasis, ondée, plouf, ruisseler, spitant

Il sera un message, façon «bouteille à la mer» !
Message d’amour, d’amitié, cri d’alarme écologique, conte futuriste, nouvelle réaliste, poème vengeur, cri dadaïste…La thématique est libre.