Ashland – Sisters

6 août, mile 1719 à 1732 (1597m)

Vingt quatre jours de nourriture répartis en sept colis envoyés par la poste et par FedEx pour les étapes qui ne sont pas desservies par la poste. Ces colis sont destinés aux étapes où le ravitaillement est difficile ou impossible. Il reste quelques étapes jusqu’à Washington où le ravitaillement est possible.

Me revoilà sur le trail en tout début d’après-midi. Avant la tombée de la nuit, je vais me percher sur une crête bien au dessus du chemin pour trouver un lieu de bivouac. La vue et les conditions sont magnifiques. Je décide de faire cowboy camping ce soir (nuit à la belle étoile).

7 août, mile 1732 à 1762 (1617m)

Je suis plein d’énergie ce matin et je démarre la journée comme une fusée. Vers midi, je découvre le trail magic de Trouble et je m’offre une pause gourmande en sa compagnie et celles d’autres hikers.

Trouble (thru-hiker 2017)

L’eau est un problème aujourd’hui. ; j’ai déjà marché 20 miles, mais il me faut encore parcourir 10 miles pour atteindre le prochain point d’eau nécessaire pour mon bivouac. Le cheminement en forêt offre peu de points de vue et le temps passe lentement. Pour couronner le tout, je paie mon départ rapide du matin ; je suis sur les rotules lorsque j’arrive au bivouac.

8 août, mile 1762 à 1792 (2012m)

Ce matin, le chemin offre une alternance de forêts  et de chaos de roches volcaniques. Les volontaires du PCT ont fait un travail formidable de nivellement pour que la marche dans ces chaos ne soit pas exténuante.  La vue est dégagée et elle est quelques fois spectaculaire.

L’après-midi, on s’engage de nouveau dans le tunnel vert. Podcasts et musique font passer le temps plus vite. Pour éviter mon erreur de la veille, j’évite de forcer mon pas. Le résultat est spectaculaire : ma vitesse de marche est à peine plus faible, mais je ressens beaucoup moins de fatigue en fin de journée.

Mon objectif est de parcourir de grandes distances chaque jour en Oregon pour atteindre vite l’état de Washington. Il me faut 11 heures effectives de marche par jour pour parcourir 30 miles. Les journées sont longues !

Voici la ligne électrique qui va être à l’origine du prochain feu géant en Oregon. Il faut reconnaître que les sapins d’Oregon, ils font pas rigoler.

9 août, mile 1792 à 1823 (1857m)

Le matin offre un joli parcours de crête avec de splendides points de vue.

Hélas, l’après-midi il faudra marcher de longues heures dans une forêt brûlée qui n’offre aucune ombre pour se protéger du soleil ardent.
On croise maintenant chaque jour de nombreux SoBo. Ce sont les PCT hikers qui parcourent le trail depuis le Canada vers le Mexique (South Bound). Ils démarrent leur trail en juillet lorsque la fonte des neiges dans la chaîne des Cascades a rendu les chemins praticables et ils atteindront la frontière du Mexique en octobre ou novembre. Vers 17h, je m’arrête 5mn pour discuter avec un hiker Sobo. Il a compté 72 hikers Nobo qu’il a croisés aujourd’hui sur le chemin ! Pas de doute, je suis dans le peloton.

Ce soir, je dors au camping de Mazama où je vais récupérer mon premier colis. Ce camping est situé au pied de Crater lake.

10 août, Crater lake rim trail

Après la récupération de mon colis, quelques coups de fil et divers travaux de réparation, je reprends la route en début d’après midi. Je laisse le PCT pendant quelques miles pour prendre la variante qui suit le bord du cratère de Crater lake. Cet itinéraire nécessite un permis, mais le PCT permit offre cette possibilité. Mon sac à dos est chargé de quatre jours de nourriture et de quatre litres d’eau car les points d’eau se font rares. L’air est encore bien chargé de fumée, pourtant le cheminement en bordure du cratère offre un spectacle exceptionnel.

Joli site de bivouac, non ?
Voilà, la tente est montée

11 août, mile 1839 à 1870 (1980m)

Le chemin s’enfonce dans les forêts d’Oregon, mais quelques montées sur les crêtes offrent des points de vue sur un horizon enfumé.

Sur le sol souple du chemin, le rythme rapide de mon pas, plus lent celui de ma respiration, légèrement à contretemps celui des bâtons constituent une musique dyonisiaque envoûtante. Le corps cette fois marche tout seul ; l’esprit a pris son indépendance. Il n’y a plus d’ennui, plus de fatigue, juste une sorte de bien être. Et les miles défilent.

Point culminant du trail en Oregon aujourd’hui

12 août, variante de horse campground

Le matin et l’après-midi je dissous dans mon eau un mélange d’électrolytes (qui améliore l’efficacité de l’hydratation) et de vitamines. Vers midi, c’est un mélange d’électrolytes et de caféine que je verse dans ma bouteille pour me donner l’énergie de repartir après la pause déjeuner. Hier, j’ai pris par erreur de la caféine l’après-midi. Les miles ont défilé certes, mais hier soir ce fut difficile de trouver le sommeil. Peut être aussi fut ce le  résultat de la discussion un peu vive que j’ai eu avec une hikeuse qui a refusé de partager son site de bivouac, parce que vous comprenez, c’était son site de bivouac. Pas très « esprit PCT » tout ça…. Comme si ce n’était pas suffisant, mon matelas est de nouveau percé. Il m’a fallu le regonfler deux fois cette nuit. Alors, quand le réveil à sonné à 4h30 ce matin, je me suis extrait de mon duvet avec un sentiment de fatigue. Et il ne m’a pas quitté de toute la journée.
Après six miles, je choisis de poursuivre ma route en suivant la variante de l’ancien PCT. Pourquoi ? Principalement parce qu’elle raccourcit le parcours de 8 miles et que je veux en finir au plus vite avec cet Oregon enfumé pour atteindre Washington dont on dit tant de bien.
L’ancien PCT abandonne les reliefs et plonge vers une plaine qui s’étend sur 10 miles jusqu’à Crescent Lake. Cette plaine aride est couverte de sapins chétifs incapables de fournir un peu d’ombre sur le chemin. De temps en temps, on aperçoit un vague étang à moitié asséché. Il règne ici un silence singulier et il fait très chaud. Les sapins chétifs sont assez espacés pour laisser percevoir l’immensité de cette plaine. Ma carte de cet itinéraire est assez imprécise et je redouble d’attention pour ne pas me perdre.
Après quatre heures de marche dans ce drôle d’endroit, je débouche à horse Camp, un campground situé au bord de Crescent Lake et destiné principalement aux cavaliers. Un enclos pour le cheval est prévu à côté de chaque emplacement. 
Au campground, une joyeuse bande de hikers est déjà là, en train de profiter des boissons fraîches et du café proposé par un trail magic. Voilà de quoi remonter un peu le moral qui était tombé bien bas.
Dix miles sont encore nécessaires dans un  air de plus en plus enfumé pour atteindre Shelter Cove, ma destination du jour. C’est un autre campground, situé lui aussi au bord d’un lac et où la très grande majorité des campeurs sont cette fois des pêcheurs. Les campeurs ont pour la plupart amarré leur bateau aux pontons qui font face au camping. Ma tente est vite montée dans l’espace réservé aux PCT hikers.

D’immenses trains de marchandises circulent à proximité du campground

13 août, mile 1907 à 1930 (1698m)

Vers 6h du matin, les pieds dans le lac, je pars à la recherche de la fuite de mon matelas alors que les bateaux de pêche sont en train d’appareiller. Je la localise enfin et lui règle son compte.

L’itinéraire se poursuit en forêt toute la journée. Quelques jolis lacs au bord du chemin pourraient égayer un peu le paysage si la funeste fumée ne jouait pas les trouble-fêtes.

Je ressens une grande lassitude et je suis envahi par le sentiment du manque de mes proches. Pour la première fois je me demande ce que je fais là. Sans doute aussi un effet de la fatigue accumulée par les grandes journées de marche de ces derniers jours.

Quoi de plus déprimant que de marcher dans une forêt brûlée ? Réponse : marcher dans une forêt brûlée dans la fumée d’une autre forêt en feu

14 août, mile  1930 à 1953 (1600m)

Un peu moins de fumée aujourd’hui. Une baignade avec d’autres hikers dans un joli lac égaye la journée, mais le moral reste bas.

Myrtilles à gogo au bord du chemin. La moyenne tombe en flèche

Je dormirai ce soir au campground de Elk Lake où je vais récupérer un colis de nourriture. Elk Lake resort ressemble à Shelter Cove, mais ici les petits voiliers ont remplacé les bateaux de pêche. Je ne rejoins pas les autres hikers au bar du camping où un groupe de musique anime la soirée. Je sens que j’ai besoin de me reposer.

15 août, mile 1954 à 1975 (1987m)

La section du trail sur laquelle je m’engage était fermée il y a quelques jours à cause de sa proximité avec l’incendie de Washington Ponds. Le trail est par ailleurs fermé sur deux sections un peu plus au nord. Pour des raisons logistiques, tous les hikers s’étaient résolus à quitter le trail à Elk Lake et le reprendre 150 miles plus au nord à Timberline lodge. Malgré la re-ouverure récente du trail à partir de Elk Lake, beaucoup de hikers ont maintenu leur décision de quitter le trail ici. Pour ma part, j’ai décidé de marcher cette section jusqu’au col de Santiam au mile 2001 où le trail est officiellement fermé. Ce fut une journée de marche magnifique ! L’Oregon nous a offert cette fois des paysages volcaniques étonnants et d’une grande beauté.

Sans doute un effet des distances plus modestes de ces derniers jours, je me suis senti en forme. C’était de la marche plaisir telle que je n’en avais plus ressentie depuis longtemps.

16 août, mile 1975 à 2001 (1465m)

Quel parcours étonnant ! Le chemin défie cette fois d’immenses coulées de lave où la marche est difficile, mais spectaculaire. Autour de moi, les anciens volcans quelquefois recouverts d’un glacier sont impressionnants.

Un trail magic sorti de nulle part attend les hikers à McKenzie pass. Joli moment de réconfort offert par Milkman and Mayhem (thru-hikers 2020) qui avaient confectionné d’excellentes pâtisseries salées et sucrées, des spaghettis et préparé des boissons fraîches pour les hikers.

« On a beaucoup reçu pendant notre PCT. Maintenant, on veut donner un peu. »

Vers 18h, le mile 2000 est franchi et j’atteins la route de Sisters où j’ai prévu de me rendre en stop pour faire étape ce soir.

Bravo Pepe, tu tiens le bon bout !

Une heure à tendre le pouce. J’ai bien cru que j’allais passer la nuit au bord de la route. Enfin, une voiture s’arrête et m’emmene à ma destination. C’est Anthony qui a fui l’air enfumé pour passer un long week-end et surfer sur la côte du Pacifique.. Demain, je prends le bus pour Timberline lodge 100 miles plus au nord, où je retrouverai le trail.

Bon, je vous laisse. Je dois aller au Canada.


4 réflexions sur “Ashland – Sisters

  1. Sans vouloir être redondant, encore un grand merci de nous faire vivre par procuration ton périple !
    Dépaysement assuré sans quitter les Lauriers !
    Je me suis fait un ami d’Hashtag qui me gratifie systématiquement d’une caresse avant ses croquettes !
    On verra ce qu’il en restera après le retour d’Anne mais d’une année sur l’autre il doit me « mémoriser ».
    C’est le « maitre des lieux » !
    J’ai laissé près de l’entrée deux cadavres de souris qu’il a dû mener, je suppose, comme trophée et par reconnaissance pour vous. Ici ou ailleurs et également où tu randonnes la vie sauvage est magnifique mais dure !
    « Struggle for life » est encore plus vrai pour les animaux !
    A bientôt pour d’autres nouvelles des States !

    Aimé par 1 personne

  2. Une fois de plus, merci pour ce beau voyage, ces magnifiques photos et ce moment de vidéo qui nous a donné l’impression de marcher avec toi. Nos petites randonnées en Haute Savoie fin juillet-début août nous semblent bien ridicules à côté… mais superbes cependant et Hélie du haut de ses 3 ans nous a montré de belles capacités de marche. On a vu Fred à Chamonix et on a parlé de toi et on attend Anne qui devrait faire étape à Versailles jeudi ou vendredi, on parlera également de toi forcément !!!! Bref, on ne t’oublie pas…

    Aimé par 1 personne

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