Etna – Ashland

30 juillet, Etna

Etna est une petite ville étape très agréable. Les maisons à l’américaine sont assez sobres mais en général entourées d’un joli jardin et d’arbres magnifiques. C’est un peu mon coup de coeur.

Le matin est dédié à la réalisation des petites choses habituelles qu’on fait dans les villes étape : blog, lessive, coups de fil, ravitaillement. Mon souhait est de repartir sur le chemin dans l’après midi, mais entre-temps le ciel est devenu bien noir. Un orage se prépare. Je décide de le laisser passer et de partir tôt demain matin.

Cate tient dans Etna une maison d’accueil pour hikers (R&R bunkhouse). Ce soir elle a organisé avec sa sœur Grace une soirée burrito pour les hikers. Cate et Grace ont un coeur gros comme ça. Elles s’investissent dans la commune pour que les hikers soient accueillis le mieux possible. C’est une source de revenus non négligeable pour cette petite ville qui ne bénéficie pas par ailleurs d’un important flux touristique. Je retrouve là-bas une bande de hikers que je connais bien. C’est surprenant comme on peut se sentir seul au monde quand on marche sur le chemin, puis le jour suivant dans la ville étape, quelqu’un annonce »Burritos » et là on se retrouve au milieu d’une multitude de hikers bavards sortis d’on ne sait où.

31 juillet, mile 1600 à 1620 (1940m)

4h30, l’alarme du réveil retentit dans la tente. Je la laisse un peu sonner ; petite vengeance vis à vis de mes voisins qui n’ont pas été corrects hier soir. Le tonnerre gronde et la pluie tombe fort sur ma tente alors que je suis bien au chaud et au sec dans mon duvet. Pas un temps à mettre un hiker dehors. À 5h30, la pluie a cessé. Plus d’excuses : il faut aller au Canada. Sur la route qui ramène au trail, je fais du stop avec Dreads Pirate Robert et Buttercup, un couple de hikers allemands sexagénaires avec qui je marcherai aujourd’hui. Très peu de voitures sur cette route, mais la magie du PCT fonctionne : une trail Angel nous charge dans sa voiture. Elle fait la navette quatre fois par jour pour emmener les hikers en ville où les ramener sur le trail.

C’est une belle journée de marche à découvert sur les hauteurs de reliefs assez fracturés avec de très jolis points de vue. Dommage que la encore, une grande partie du chemin circule dans des forêts brûlées.

Buttercup & Dreads Pirate Robert

1er août, mile 1620 à 1650 (523m)

Ce matin, la Marble mountain wilderness a décidé de sortir le grand jeu. Elle nous offre des décors de toute beauté que le chemin sait ingénieusement nous faire admirer.

Avant d’entamer la longue descente vers Seiad Valley, un point de vue très ouvert sur la vallée permet de prendre conscience que des incendies l’ont largement enfumée. C’est un peu effrayant ; je ne sais pas où ça brûle et j’ai un instant d’hésitation avant de poursuivre ma route.

La descente n’en finit pas sur un chemin « sanglier » à moitié recouvert par la végétation et régulièrement obstrué par des troncs d’arbres calcinés. Il faut en plus redoubler d’attention car des commentaires sur l’appli guthook annoncent la présence de poison Oak, un arbuste si urticant qu’il vous envoie à l’hôpital au premier contact. Un campground abandonné près d’une rivière va finalement faire un excellent point de bivouac. Une délicieuse baignade récompense mes efforts.

Mes chaussures sont en train de rendre l’âme. Je tente une réparation, mais je suis inquiet. Vont-elles tenir encore les 80 miles qu’il me reste à marcher jusqu’à Ashland ?

2 août, mile 1650 à 1675 (1848m)

Six miles rapidement parcourus, me voici à 7h au café de Seiad Valley pour prendre mon petit déjeuner. Quelques maisons éparpillées, un café, une épicerie, un petit camping et un bureau de poste, on a vite fait le tour du village. Petit ravitaillement avant de repartir pour une longue ascension qui me ramène sur les sommets.

La fumée des incendies de forêt toujours bien présente crée une ambiance étrange : le ciel prend une teinte orangée et la température est inhabituellement basse. Au sud, le mont Shasta se montre une dernière fois avant qu’il ne se cache définitivement derrière un rideau de fumée.

3 août, mile 1675 à 1703 (1821m)

L’agréable parcours sur des lignes de crête bien dégagées laisse deviner de magnifiques paysages, mais la fumée limite la visibilité. Certains hikers se plaignent de maux de tête et de maux de gorge. D’après les informations que j’ai reçues, les hikers en Oregon ne sont pas mieux lotis. On imagine le problème de santé publique que posent ces fumées. L’incendie géant de la Dixie’s river en Californie qui participe probablement à l’enfumage général du moment a été généré par des lignes électriques mises au sol par des chutes d’arbres. C’est le cas de 30% des incendies ici. Un pays qui depense 3% de son PIB pour son armée n’a-t-il pas les moyens d’élaguer ou enterrer ses lignes électriques dans les endroits à risque ?

Tout cela ne doit pas nous faire oublier l’événement du jour : le franchissement de la frontière entre Californie et Oregon ! Il m’aura fallu 105 jours de marche pour venir à bout des 1694 miles de la Californie. Je me sens fier et riche de toutes les expériences que j’ai vécues jusqu’ici. Je me sens aussi plein de curiosité et d’impatience devant ce que le PCT me réserve en Oregon et dans l’état de Washington.

4 août, mile 1703 à 1718

Après encore quelques miles sur la crête, le chemin entame sa descente vers Ashland (comme on dit chez les pilotes de ligne). L’air est encore chargé de fumée.

Programme chargé à Ashland : préparation de 7 colis de nourriture pour mes prochaines étapes jusqu’au Canada, car en Oregon et Washington je m’arrêterai souvent dans des endroits assez isolés.

Si tu vas randonner sur la côte ouest, n’oublie pas le masque !
Il était temps d’arriver…

5 août, Ashland

C’est très agréable de faire un re-approvisionnement à Ashland. La ville est assez jolie et assez concentrée. Contrairement aux autres villes américaines de cette taille, on s’y déplace facilement sans voiture ce qui est appréciable quand on est hiker ddu PCT. Autre point fort de la ville, ces bons restaurants. Ici, on peut manger autre chose que des hamburgers et des pizzas.

Beaucoup de hikers modifient leurs plans à cause des incendies. Certains restent quelques jours à Ashland, d’autres sautent l’Oregon, d’autres enfin abandonnent le trail quite à revenir plus tard. Personnellement, peu gêné par les fumées jusqu’ici, je garde le cap.

Bon, je vous laisse. Je dois aller au Canada.


5 réflexions sur “Etna – Ashland

  1. J’ai été regarder, Le poison oak,il est pas facile à reconnaitre ..surtout sous la fumée …so take care !
    Joli le village de bois de toutes les couleurs ..j’espère qu’il y avait une boutique de chaussures..
    Bon j’te quitte , il faut que j’aille au ….lit !
    Vivement la suite des aventures du courageux pépé Nico

    Aimé par 1 personne

  2. La fin de la Californie…Bravo, C’est pas le rush de fin mais quand même.
    Quelle angoisse ces incendies.On n’a pas conscience d’une telle ampleur ici, ça fait peur pour toi, pour ce continent et pour la terre.
    Tu en es à combien de paires de chaussures ?
    On te sent serein maintenant. Go on.
    Hasta la victoria !

    Aimé par 1 personne

  3. Salut DonQuichotte !
    Les Almeida suivent avec beaucoup d’intérêt ton PCT et tous ces miles parcourus !
    Merci du partage de tes aventures américaines et d’hiker !
    Impressionnant l’état de tes chaussures… J’espère que tu as trouvé une belle nouvelle paire !
    Bon courage jusqu’au Canada et que les incendies te laissent tranquille.
    Bises

    Aimé par 1 personne

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