Castella – Etna

25 juillet

Ma tente est posée dans le campground de Castle Crag, secteur PCT hikers, à côté de celles de Strowberry, Shaggy et Sister Soul. L’objectif de la journée tient en un mot : repos. Ça tombe bien parce qu’à Castella, il n’y a rien à faire. Nichée dans la vallée de la rivière Sacramento, à côté de l’autoroute interstate 5, on trouve à Castella le campground, la poste et la station service qui fait aussi épicerie (c’est là que je récupère mon colis avec le ravitaillement pour les cinq prochains jours). J’ai donc largement le temps de faire la connaissance de mes voisins hikers. Shaggy et Strowberry sont les plus jeunes hikers que j’ai rencontrés. Ils ont 22 et 23 ans et manifestement ils gèrent très bien leur affaire. Shaggy est le nom du maître de scoubidou, c’est l’origine de son trail name. C’est vrai, la ressemblance est frappante ! Mais c’est avec Soul Sister que je vais vraiment sympathiser ; c’est même une très belle rencontre. Nous sommes dans la même tranche d’âge et je suis très inspiré par la façon dont elle vit son trail. Beaucoup plus que moi, sa conscience est complètement tournée vers le trail, la faune et les autres hikers. Elle observe mille choses chaque jour que j’ai l’impression de manquer. Nous discutons longuement sur les beautés de la Californie et les menaces qui pèsent sur elles. Elle prépare un livre qui décrira l’eco-système autour du PCT.

Campground, secteur hikers

26 juillet, mile 1504 à 1517 (1825m)

La poste ouvre à 11h. Soul Sister et moi y descendons pour récupérer nos colis. Ce n’est que vers midi que j’attaque la montée de Castle Crag Wilderness. Je me retrouve au milieu d’une multitude de hikers qui étaient derrière moi, repoussés ici par les incendies qui sévissent au sud. Le chemin nous offre de très jolis points de vue sur d’élégants sommets de granit.

Plusieurs litres d’eau plus tard, la pente s’adoucit pour atteinde une ligne de crête où je vais trouver un site de bivouac convenable. Je ne fais pas le difficile : vu le nombre de hikers sur le chemin, les sites de  bivouac sont pris d’assaut. C’est cette ligne de crête qui va de la vallée de la rivière Sacramento à celle de Trinity river que je vais suivre les trois prochains jours.

Le ciel est devenu bien sombre ce soir et il a lâché quelques gouttes. Les hikers qui avaient prévu de faire cowboy camping se sont dépêchés de monter leurs tentes.

Ah, j’allais oublier encore une fois de vous dire que j’ai retrouvé Sabrina. C’était il y a quelques jours juste après Burney falls. Comme tous les hikers qui ont marché ensemble et qui se retrouvent plusieurs semaines plus tard, l’émotion était grande. On avait beaucoup de choses à se raconter. Elle s’appelle Jackpot maintenant et elle marche avec deux autres hikers. On aurait voulu se retrouver au bivouac suivant, mais mes étapes sont plus grandes que les leurs. »see you down the trail, Sabrina ! »

27 juillet, mile 1517 à 1544 (2028m)

Sous mes pieds, une belle ligne de crête qui va m’occuper les deux prochains jours. Autour de moi, des dentelles de granit qui font la fierté de Castle Crag wilderness. Au dessus de moi, un ciel bien gris et bien menaçant.

La ligne de crête franchit un col où des trail Angels préparent des hot-dogs pour les hikers. Quel dommage, je suis passé trop tôt ! Ils m’offrent une banane qui fait mon bonheur. Je poursuis mon chemin.

Il se met à pleuvoir vers midi, une pluie fine et persistante. C’est un grand cadeau que le ciel fait à la forêt de Californie. La pluie va s’arrêter progressivement vers 15h.

Au col suivant, un attroupement de hikers assis écoutent un grand et vieux monsieur. C’est Steve, un trail Angel qui regorge d’anecdotes sur les hikers et le trail. A mon arrivée, il m’offre une pomme. Je trouve ma place dans le groupe pour écouter les histoires de Steve et savourer ma pomme. Une pause bienvenue avant la dernière heure de marche qui me conduira à mon lieu de bivouac, situé sur une large épaule au dessus d’un lac.

28 juillet, mile 1544 à 1572 (2224m)

Aujourd’hui, je traverse les Trinity Alps. Le beau temps est revenu et la journée commence dans une belle lumière. Décidément, la Californie du nord n’a pas fini de me surprendre par la beauté de ses paysages.

Créativité de hiker pour remplir les bidons à un ruisseau microscopique
Hmmmm, ch’est bons les pancartes !

Môssieur Pif, dans un commentaire me demande de décrire ma vie intérieure lorsque je suis sur le chemin. Merci à lui : essayer de capturer ma vie intérieure a occupé mon esprit une bonne partie de la journée. Ma pensée est d’abord focalisée sur ma respiration et mon rythme de marche. C’est curieux, il ne se gère pas seul, il nécessite des re-ajustements permanents en fonction du terrain. J’ajuste mon effort pour tenir un rythme de marche rapide mais soutenable pendant une dizaine d’heures. Selon les moments, je me réjouis de sentir mon corps progresser avec énergie et facilité ou je ressens au contraire lassitude et fatigue. J’observe également le paysage et je ressens une grande curiosité concernant ce que je vais découvrir derrière le col où le pli de la montagne, là devant moi. C’est une agréable incitation à la marche qui compense bien la dureté de l’effort. Ma pensée vagabonde aussi beaucoup, mais elle s’arrête souvent sur les sujets relatifs à la famille ou à ma vie professionnelle. La question de ce que je ferai après le trail revient souvent. Ce n’est pas l’inquietude qui domine, mais la curiosité. J’ai décidé de quitter une vallée tranquille mais ennuyeuse et maintenant, je me demande quel paysage je vais découvrir derrière le col que je suis en train de gravir.

29 juillet, mile 1572 à 1600 (1814m)

Eh ben les amis, quelle journée ! 27 miles, 2000m de dénivelé parcourus sur des flancs particulièrement escarpés et finir la journée sous la pluie et l’orage. Je suis rincé à tous les sens du terme. Heureusement, ce soir je dors dans le parc de la jolie ville de Etna. Je vous laisse regarder les photos. Moi, je vais me coucher.

Maintenant faut que je vous laisse. Je dois aller au Canada.


4 réflexions sur “Castella – Etna

  1. Salut Pepe le Moko (je recommence : j’ai appuyé sur le bouton: qui va pas! manipuler ce smartphone c’est pire que le paraboloïde hyperbolique).
    Très belles photos et texte qui va avec.Il semble que tu as la forme du démo. Nos sommes rentres à la Seyne après le Chambon et la visite d’Anne qui nous a fait très plaisir. Maman ajoute Bon courage, tu ns regales bien avec tes CR et photos . Bisous tendres
    On te laisse car tu dois aller au Canada

    Aimé par 1 personne

  2. Salut Nico, aka Pepe !

    Je n’ai pas été très présent dans les commentaires ces derniers jours mais je suis ton trajet avec intérêt. Ca me fait plaisir de constater que les ennuis physiques, qui avaient dû occuper une grande partie de ton esprit au début, semblent avoir disparu. Des étapes de 27 miles avec 2000m de dénivelée ! Ca y est tu les as les jambes de hiker ! Pepe la machine à marcher.

    J’ai lu avec intérêt le résumé de ta vie intérieure, c’est bien que tu en parles un peu car au-delà des kilomètres et des rencontres nombreuses, qui m’ont l’air de donner son sel à ce chemin, ça doit tourner les pensées… ou pas…
    De mon coté ça va, l’été s’écoule en pente douce, les deux mois de quasi-vacances que je me suis octroyés me font le plus grand bien. Départ début août pour dix jours chez ma tante à Bordeaux avec mes fils puis 12 jours à accompagner un groupe sur le chemin de St Jacques de Compostelle.

    Bonne suite mon ami !

    Jean-Charles

    Aimé par 1 personne

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