Sierra city – Burney

13 juillet, mile. 1191 à 1205 (2067m)

Seulement 5 miles à marcher pour atteindre Sierra city, j’y suis vite. Sierra city est un petit village de montagne où se côtoient quelques touristes avec les locaux. Son épicentre est le magasin général. Il n’est pas très grand, mais les hikers se retrouvent sur la grande table au fond du magasin pour y dévorer un burrito ou un hamburger et échanger les dernières nouvelles du chemin.

Sierra city

On entend parler d’incendie au nord, mais le site du PCT n’annonce pas de fermeture du trail.
Je me ravitaille au mieux avec ce que je trouve pour couvrir les 4 jours de randonnée jusqu’à Belden et je repars en début d’après midi pour quelques heures de marche. Il fait très chaud sur la route qui ramène au trail et le stop ne fonctionne pas. Je me décide à faire à pied le mile de route bitumée après avoir immergé dans l’eau d’une source mon t-shirt, mon chapeau et mes manches de protection contre le soleil. C’est au moment où je me remets à marcher qu’un pick-up s’arrête pour me proposer de m’emmener. J’hésite un peu et puis finalement j’accepte. Le chien assis à côté de moi, manifestement assoiffé me lèche copieusement pendant tout le court voyage Je fais comme si de rien n’était.

Les Sierra buttes barrent la route vers le Nord. Derrière un nom assez banal se cache une très belle et haute montagne qui domine le paysage. Le PCT pas impressionné plus que ça grimpe presque jusqu’au sommet avant de redescendre sur l’autre versant. Durant la montée, je dois éviter deux gros serpents à sonnette qui se dorent la pillule sur le chemin. Tiens, je les avais oubliés ceux là. Après une belle bataille, je passe les Sierra buttes.  De là haut je distingue très bien la fumée de l’incendie qui fait rage loin vers le nord. Je suis récompensé de mes efforts par un bivouac près d’un lac où la baignade s’impose avant le montage de la tente. FedEx me rejoint. C’est un Zürichois que j’avais rencontré à Tehachapi.

14. Juillet, mile 1205 à 1232 (2021m)

Le paysage a encore changé. Le relief est plus fracturé, le terrain plus aride. Il faut souvent deux litres d’eau dans le sac pour ne pas manquer. Malgré cette aridité, une végétation de grands et fins sapins couvrent la presque totalité du paysage. Seules les crêtes sur lesquelles on parvient à se hisser de temps en temps offrent une vue dégagée.

FedEx m’a rattrapé. Alors que nous remplissons nos gourdes à un point d’eau, Il me rappelle que c’est jour de fete nationale en France et entonne la marseillaise. Je reprends avec lui et notre hymne national résonne bientôt dans les montagnes de la Californie du nord.

Lorsque nous sommes perchés sur les crêtes, nous pouvons de mieux en mieux observer le panache de l’incendie dans la direction où nous nous dirigeons. Quand nous avons un peu de réseau, nous consultons les informations du site du PCT association à son sujet. Il diffusera un avis de fermeture du trail si la situation le necessite.

Après une longue journée de marche, nous montons nos tentes sur un site de bivouac sous les sapins. C’est un endroit très fréquenté par les biches. Je les entends toute la nuit se promener autour de ma tente.

15 juillet, mile 1232 à 1260 (1812m)

Le parcours plonge aujourd’hui à 400m d’altitude pour atteindre la Middle fork feather river. Pour y arriver, il faudra quand même marcher 20 miles dans une forêt brûlée. Heureusement, il y a les podcasts et Deezer pour mieux accepter ces moments là. Malgré le casque sur les oreilles, j’entends brusquement un grand bruit à côté de moi ; je me rends compte qu’un de ces grands sapins brûlés vient de tomber à une dizaine de mètres du chemin. Impressionné par ce qui s’est passé, je parcourerai les 20 miles sans pause pour ne pas prendre le risque de recevoir un arbre sur la tête.

Quand même !

Enfin, c’est la rivière. La température de l’eau est parfaite pour la baignade et FedEx et moi en profitons.

Une fois les batteries rechargées, il nous faut encore quatre heures de marche pour nous rétablir sur le plateau qui domine la vallée. En bordure de ce plateau nous trouvons un lieu de bivouac avec une très belle vue sur les vallées qui nous entourent.

Le panache de fumée plus au nord est de plus en plus impressionnant. Comme il y a un peu de réseau, on peut se connecter sur le site du PCT : cette fois c’est officiel, le trail est fermé 8 miles plus loin et jusqu’à chester, 60 miles plus au nord. Il nous faudra quitter le trail demain.

Ça brûle fort plus au nord

Ce soir pour moi c’est cowboy camping : pas de tente. À la belle étoile comme on dit chez nous.

FedEx et Pepe au bivouac

16 juillet, mile 1260 à 1268 (1682m)

Après avoir marché les 8 miles qui nous séparaient de la route, nous trouvons Bonobo (hiker canadien) qui fait du stop sans succès pour rejoindre Quincy. FedEx revendique une technique de stop très efficace dont il propose la démonstration. Ça tombe bien, une voiture se présente. FedEx se met alors à faire des moulinets ridicules avec son bras pendant un moment, puis lorsque la voiture est toute proche il stoppe ses moulinets et tend le pouce. Sous nos yeux médusés, la voiture s’arrête et nous emmène tous les trois à Quincy. Le jour où l’auto-stop sera discipline olympique, c’est sûr les Suisses seront sur le podium.

De Quincy, nous montons dans le bus pour Chester où nous allons pouvoir nous ravitailler pour les quatres prochains jours de marche jusqu’à Burney. A Chester, le ciel a une couleur jaunâtre et l’air est rempli de cendres. FedEx et moi partageons une chambre d’hôtel.

Chester

17 juillet, mile 1331 à 1341 (1525m)

Shon etMichelle, trail angels de Chester font plusieurs fois par jour là navette jusqu’au trail 8 miles plus loin pour emmener les hikers prêts à repartir. FedEx et moi faisons partie de cette bande de hikers qui prennent d’assaut leurs pick-ups lorsqu’ils se présentent vers 13h. Une dizaine de miles nous attendent jusqu’à la North Fork feather river où nous trouvons un bel espace de bivouac.

Merci les trail Angels !
Premier point de vue sur le mont Lassen (volcan)

18 juillet, mile 1341 à 1367

Aujourd’hui nous traversons le parc national de Lassen au pied de la montagne du même nom. L’environnement est très volcanique et le parcours est très varié. Il nous réserve de belles surprises comme ce geyser ou ce lac d’eau sufureuse qui ne donne pas très envie de se baigner. On se rattrapera un peu plus tard dans le lower twin lake.

FedEx devant le lower twin lake
Derniers miles
Et toujours le panache de fumée que nous traversons de temps en temps

19 juillet, mile 1367 à 1390

On a dormi à la belle étoile hier. Le camp est vite levé car dans dix miles le JJ’s café sert des petits déjeuners dont la réputation n’est plus à faire sur le PCT. Nous y sommes à 9h. Le café est déjà rempli de hikers. Cela contraste avec le chemin où nous marchions sans rencontrer âme qui vive.

Après un petit déjeuner copieux, c’est le moment de la séparation. FedEx va sauter une centaine de miles qu’il a parcouru en 2017 lors de sa première tentative de PCT. Cette année là, l’hiver avait été très neigeux et le chemin est resté couvert en grande partie par une épaisse couche de neige. Il a parcouru quelques sections mais, comme beaucoup d’autres hikers en 2017, il avait dû se résoudre finalement à abandonner la partie. J’ai été content de marcher pendant quelques jours avec lui. Dans son sillage j’ai pu réaliser de très belles journées de marche. Me voila de nouveau marcheur solitaire avec tous les avantages et les inconvénients de la situation. Je vais commencer par réduire un peu le rythme de marche qui était très soutenu lorsque j’étais en sa compagnie.

Nous sommes dans la vallée de Hat creek, une partie du parcours connue pour son aridité et ses températures records. Reprendre le chemin en fin de matinée necessite donc quelques précautions. Je choisis de marcher quelques miles avant une longue pause, puis je reprends le chemin vers 15h. Maintenant, le PCT chemine en bordure d’une immense langue de lave de plusieurs centaines de mètres de hauteur et longue d’environ 30km. L’environnement est très aride et l’air est encore très chaud. Après 10 miles, je descends chercher de l’eau dans une rivière fraîche qui coule 100m plus bas. Une belle lumière de fin d’après midi éclaire le paysage. Au loin, je distingue le mont shasta. Enfin ! Ce volcan est vraiment impressionnant. Ça ressemble à un Baroud d’honneur de la Californie qui jette ses dernières armes dans sa bataille contre les hikers pour les impressionner. Bien sûr, il reste encore quelques centaines de miles avant l’Oregon, mais les hikers savent que après 3 mois d’efforts, ils sont en train de gagner la partie.

La vallée de Hat creek et la langue de lave sur la gauche
Paysage de Hat creek

Je vais randonner sur cette langue de lave jusqu’à la nuit pour profiter de la relative fraîcheur du soir, mais aussi pour profiter de cette belle lumière.

20 juillet, mile 1390 à 1411

Encore une dizaine de miles à marcher sur la langue de lave dans la lumière du matin. Une citerne régulièrement remplie par un trail Angel me permet de reprendre un peu d’eau pour tenir jusqu’à la prochaine rivière 12 miles plus loin. Maintenant le chemin entame sa descente dans la vallée puis traverse la vallée de Hat creek. Vers midi j’atteins un petit lac où une trail Angel attend les hikers avec de la pastèque et des boissons fraîches. Raffraichissement puis baignade. Je ressens une certaine fierté d’avoir parcouru cette section qui est est de celles qui font la renommée du PCT.

Le retour progressif des arbres
Traversée de la vallée de Hat creek

Il me reste à parcourir une poignée de miles pour atteindre la route qui mène à Burney. Ce soir, je suis accueilli par l’église de Burney qui ouvre son gymnase aux hikers en mal d’hébergement.

Bon, faut que je vous laisse, je dois aller au Canada.


10 réflexions sur “Sierra city – Burney

  1. Salut Fréro,
    Ouf je vois que le moral revient. J’avais senti un peu découragement. Je sens que tu vas le faire.
    Tes textes et anecdotes sont toujours succulents : crotale, chute d’arbre, technique d’autostop…
    Et oui ton matos est mis à rude épreuve, celle des pros : Mais hélas léger ne rime pas toujours avec solide. Si ça peut te consoler mais bâtons Leiki sont toujours en parfait état.
    Ici pour nous, fini les vacances et retour stress et boulot….

    Aimé par 1 personne

  2. On se régale de voir les paysages changer au grès des articles et des photos, dans la chaleur des après-midi marseillaises, le bivouac au bord du lac et les baignades en rivières laissent particulièrement rêveur !
    Bravo Nico tu as l’air formidablement bien lancé ! Unstoppabler than ever !

    Aimé par 1 personne

  3. T’as pas rencontré les grenouilles noires à Hat Creek ?

    Je viens de terminer Wild. Bon, évidemment, j’ai pleuré… Et je crois bien que l’an prochain je me tente le GR20, toute seule comme une grande. Tu me coacheras pour la prépa ! Laping aussi of corse. Je compte sur vous…

    Love from Eleuthera que je quitte finalement un jour plus tôt car les conditions se durcissent à cause du coronavirus… Le pays est passé de vert à orange entre hier matin et hier soir et je ne peux plus rentrer sur Nassau lundi. Un peu stressant comme situation car je l’ai appris par hasard. « Problème de riche » dirait Ulysse. J’avoue.

    Bises

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  4. Salut pépé,
    Whaooo pour le 2000 !
    La prochaine fois que tu rencontres les frangins crotale,passes leur le bonjour des Garandet…
    Sinon toujours aussi passionnante ton histoire d’aventurier baroudeur errant le long de la côte ouest des états unis…. mieux que Bob Morane ! on se régale aussi avec les supers photos.
    Bon Grand courage a toi !
    Bises

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  5. Bravo Nicolas, les ennuis de santé semblent t’avoir quitté et tu parais dans une forme « olympique » .Merci pour les photos .Dimanche dernier RV des enfants DUMAS de la fratrie et repas chez P.F, Superbe journée après un début d’automne en haute-Loire . Bises de Tonton ALAIN

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  6. Toujours aussi dépaysant et « rafraichissant » pour nous de l’autre coté de l’Atlantique et du continent américain !
    Go on ou let’ go (mon anglais n’est malheureusement que scolaire faute d’entretien !)
    En tous cas on te suit autant que possible et on vit ton aventure par « procuration » avec admiration et un peu d’envie !!

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  7. Beau rythme Nico ! En plus, on n’entend plus parler des petits soucis de santé. Sympa le symbole du mont shasta.
    Je vais t’envoyer des poadcasts deezer par mail. J’en ai une petite dizaine bien sympathique.
    2000 félicitations

    Aimé par 2 personnes

  8. Oh Nico tu me fais encore rire avec ce chien qui te lappe dans la voiture et les moulinets de FedEx. Et tu m’impressionnes aussi, 3 mois demain, 2000km, et toujours de si belles photos et tes récits d’une superbe aventure humaien et de liens. Cette apprentissage du vivre ensemble, la générosité des trail angels, cette façon de vivre les rencontres, tous les jours, quelle joli chemin de vie tu m’inspires… je suis sou ent partie cet été mais je ne cesse de te lire. Bravo à toi, à tous tes compagnons de route, et à ceux tout au long du chemin qui rendent cette aventure si belle.

    Aimé par 1 personne

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