Wrightwood-Hiker town

17 mai, mile 366 à 381

Effervescence chez les hikers depuis hier. Le  trail est fermé du mile 381 au mil 403 en partie à cause de l’incendie de l’été dernier qui nécessite un gros nettoyage, mais aussi pour protéger l’espèce menacée des grenouilles de  montagne à pates jaunes (véridique) qui vit dans les parages. Problème, la highway 2 qui permet de se rendre au mile 403 est aussi fermée pour 3 jours car il faut sécuriser certains passages rendus dangereux par l’incendie de l’été dernier.

Je décide de retourner en stop sur le trail là où je l’ai laissé pour  parcourir les 15 prochains miles du trail qui sont ouverts aux hikers. J’improviserai pour la suite.

Le chemin prend rapidement de l’altitude en direction du Mont Baden Powell. Dans la montée, je fais la rencontre lumineuse de Janet qui redescend du sommet. Janet est une PCT volonteer. Elle passe une grande partie de son temps libre à participer à des travaux de remise en état du trail. Ces travaux sont coordonnés par le PCT association et sont financés en grande partie par les dons des hikers au moment de leur inscription. Merci Janet !

Mont Baden Powell
Vers le sommet

Très peu de monde sur le trail aujourd’hui. Il n’y a personne, lorsque j’arrive au sommet.

Au mile 381, je quitte le trail pour redescendre vers la highway 2 toujours fermée à la circulation. Il y a une vingtaine de miles à marcher pour rejoindre le mile 403. Ça tombe bien, j’ai fait le plein de podcasts dans mon téléphone. Il est 17h30, c’est parti !

On the road

A la tombée de la nuit, je fais la rencontre de Sabrina, une hikeuse qui se dirige aussi vers le mile 403. On fraternise et les miles passent vite. Sabrina a une trentaine d’années. Elle a commencé le PCT avec son papa, mais il a vite abandonné à cause de sa maladie auto-immune. Maintenant, il assure le soutien logistique de Sabrina. Il l’a d’ailleurs contactée pour lui signaler un camping au bord de la highway 2 où elle pourrait passer la nuit. Nous y arrivons vers 22h. Il est désert. La tente est vite montée. 2 paquets de ramen dans le gausier et au lit.

18 mai, mile 403 à 415

Des oiseaux turbulents me réveillent vers 5h30. Je ressens encore la fatigue de la veille. Sabrina est dans le même état que moi et nous nous remettons à marcher paresseusement. Encore 2h sur la highway 2 et nous retrouvons le trail au mile 403. J’entends un « hey, Pepe ! » que je connais bien. Recon nous a précédé de quelques minutes.

En même temps que le trail perd de l’altitude, la température atteint des sommets. Vers 12h30, j’ai chaud, j’ai faim et je ressens la fatigue de la journée d’hier. Je fais alors la rencontre d’un personnage qui a l’air de bien connaître le secteur.

– Bonjour, euh… Monsieur, connaissez vous un endroit avec un peu d’ombre pour manger et faire une petite sieste?

Sa réponse fut déroutante.

– salut mon pote ! Tu voudrais bien me frotter le dos ?

Un peu surpris, je poursuis ma route. Je n’ai rien contre les pratiques déviantes, mais franchement là, le moment était mal choisi. On fait quand même de drôles de rencontres…

Après une bonne pause et encore une poignée de miles, la tente est montée vers 18h sur un bel emplacement. Ça suffira pour aujourd’hui. Sabrina me rejoint sur le même emplacement un peu plus tard. Sabrina a une chaîne youtube où elle raconte son PCT : https://youtube.com/channel/UCxyE9AsALZSN32IeGagqLPQ

Elle me fait d’ailleurs participer à la vidéo du jour pour laquelle je m’attends en toute humilité à un prix d’interprétation aux prochains Oscars.

19 mai, mile 415 à 436

Je pars tôt. La tente de Sabrina est encore endormie.

Le trail va jouer les montagnes russes toute la journée dans une forêt calcinée. Des arbustes en ont profité pour envahir tout l’espace et la progression est pénible. C’est une journée pleine de montées, de descentes, de soleil ardent, de broussailles et de cailloux. Sur une grande traversée comme le PCT, il n’y a rien d’étonnant à rencontrer des moments comme ça. Alors on marche et puis c’est tout.

Le soir, sur recommandation de Recon, je me passe au peigne fin pour vérifier que les broussailles ne m’ont pas transmis quelques tiques. Il m’explique que la maladie de Lyme est transmise par les tiques en 24 à 48h. Mieux vaut donc découvrir le plus tôt possible si on a embarqué ces petits passagers clandestins.

20 mai, mile 436 à 459

Tout est trempé ce matin à cause d’une condensation très importante. La journée commence par un gros coup d’éponge sur les parois de la tente, à l’intérieur comme à l’extérieur. La descente vers Acton se déroule dans un paysage grandiose.

Comme la plupart des hikers, je fais une pause au camping de Acton pour récupérer un colis de nourriture que je m’étais envoyé depuis Wrightwood. Alors que je recherche la réception du camping où je m’attends à trouver mon colis, je suis abordé par Herminia, employée au camping qui m’emmène à la réception dans sa Papamobile. C’est comme ça quand t’es un hiker sur le PCT.

Mon colis est bien arrivé mais pas celui de Recon. Je suis déçu pour lui, mais je ne peux pas grand chose. Il s’assoit dans un coin et laisse venir les solutions à son problème. Je le laisse tout à sa réflexion et reprends le chemin. Il prend plein nord vers les crêtes dans un décor de cinéma avant de replonger vers Aqua dulce.

Je trouverai finalement un bon site de bivouac après avoir laissé cette ville sans intérêt loin derrière moi.

21 mai, mile 459 à 480

Le chemin continue plein nord en direction de la ligne de crête. Depuis 3 jours les passages de crête se succèdent avec un dénivelé quotidien de 1000 à 1500m. Aujourd’hui, un vent froid venu du pacifique s’infiltre dans les moindres plis de la montagne et le paysage de broussailles est monotone. Très peu d’eau sur le parcours, mais les commentaires laissés par les hikers sur l’appli guthook laissent espérer que des water caches vont permettre de remplir bientôt nos bouteilles.

Justement, ue fois redescendu dans la vallée suivante, je fais la rencontre de Tony et Dan, 2 trail Angels venus avec leur gros pick-up alimenter en eau (une dizaine de gallons) et en fruits l’une de ces water caches.

Après les avoir remerciés, je les interroge :

– pourquoi vous faîtes ça ?

– parce que, vous les hikers vous êtes formidables et qu’il n’y a pas d’eau par ici

– vous habitez près d’ici ?

– on habite à une vingtaine de miles

– et vous venez souvent ?

– en ce moment on vient tous les jours

Chapeau !

22 mai, mile 480 à 518

Aujourd’hui, je dois récupérer un colis à la poste de Lake Hughes et gérer la fermeture du trail entre le mile 486 et le mile 511.

La magie du PCT va opérer. Jan une trail Angel attend les hikers au mile 486 pour les aider à gérer la coupure du trail. Une fois sa voiture chargée de 4 hikers, elle démarre. La conductrice et les passagers ne voient pas d’inconvénient à faire un stop à la poste pour me permettre de récupérer mon colis puis d’emmener tout le monde au mile 511 pour poursuivre sa route.

Reprise du trail : 500 miles déjà !

La descente progressive vers le désert est un moment intense. On lui tourne  autour depuis une dizaine de jours. Chaque fois qu’il s’est montré, sa taille et son aspect hostile nous ont intimidés. Cette fois ça y est, la confrontation va enfin commencer.

Le désert nous réserve d’abord un moment loufoque. Hiker town est une espèce d’auberge de jeunesse rudimentaire organisée dans un décor de village du Far west où chacun va choisir sa « maison » pour une poignée de dollars et il y trouvera un lit pour passer la nuit. Un rêve d’enfant devenu réalité.

Les hikers arrivent petit à petit. Certains ne restent qu’une heure ou deux pour prendre de l’eau et charger le téléphone. Les derniers arrivés n’auront pas de maison et devront planter leur tente au milieu du village en espérant qu’elle résistera au vent fort qui souffle ici. En fin d’après midi, c’est tout un bataillon de hikers qui discute de sa stratégie pour parcourir les 40 miles de désert. Quel bon moment pour partir, quelle quantité d’eau emporter ? Il y a ceux qui veulent marcher de nuit, ceux qui partent tôt le matin ou encore ceux qui choisissent de partir en milieu d’après midi. Et bien sûr à 20h, tout le monde est au lit ou a pris la route du désert.

Justement, il est tard. Je vous laisse. Je dois aller au Canada.


8 réflexions sur “Wrightwood-Hiker town

  1. Ola Pepe !
    A cette heure tu dois être dans le désert de Mojave en train de te transformer en pruneau. Mais tu vas t’en sortir et un petit bain te fera vite retrouver ta peau de bébé lisse et rose !
    Merci pour les vidéos, ça fait plaisir d’entendre ta voix qui me semble posée et sereine malgré les aléas que tu décris. Un petit coucou à la Cité des Anges que tu évoques, j’ai passé 15 mois sur le campus de UCLA juste après mes études. Pas mal comme service militaire non ?
    Ici la vie continue, on entre doucement (très doucement) dans l’été avec on espère moins de restrictions Inch Allah.
    Salutations, admiration et encouragements,
    Jean-Charles

    Aimé par 1 personne

  2. Oui, trop bien les vidéos 😀 ! MDR ta barbe, un homme nouveau est en train de naître…
    Des nouvelles d’ici : petit week-end ballade et barbecues chez ma copine Francine dans les Cévennes. Aujourd’hui, premier petit resto en terrasse en bord de mer aux Sablettes avec Anouchka. Troooooop bien ! Du soleil, beaucoup de vent (le mistral ne nous lâche pas depuis 3 semaines). Les terrasses sont pleines de mines réjouies, on kiffe !
    Bonne traversée du désert au sens propre et au sens figuré si l’expérience t’y invite

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  3. Encore un top épisode ! Nous nous le sommes lu au lit, hier soir, vers 22 heures, après un ouikende de trois jours aux Mazeaux. Du coup, le passage chaleur nous a réchauffé ! Continue comme ça, sur la route comme au clavier. Nous on fait plus que tenir le coup comme ça : on est à fond !
    Des bises from Lyon.

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  4. Je suis vraiment bluffée par ton parcours et tout ce que tu vis. Je suis fière de t’avoir pour cousin ! Respect !!!
    Je t’envoie plein d’énergie même si tu sembles ne pas en avoir besoin. Des bisous, des bisous et à bientôt.

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  5. Salut DonQuichotte !
    Merci pour le partage de tes sacrées aventures ! Quelle force !
    J’adore tes photos et tes récits précis et synthétiques.
    Bon courage pour la suite et la traversée du désert 🙂
    Bises de toute la famille Almeida

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