Big Bear – Wrightwood

11 mai, mile 266 à 286

8h30, il fait encore grand beau. Kris vient nous chercher à l’hôtel pour nous ramener là où nous avions laissé le trail. Je suis pressé de marcher de nouveau. Je n’apprécie qu’à moitié les étapes en ville où le programme est chargé (courses, commandes internet en tous genres, coups de fil à la famille, blog, …) Le moment le moins agréable de tous est celui qu’on passe au supermarché pour recharger le sac à dos en provisions. Les autres hikers si joyeux et diserts sur le chemin sont devenus dans les rayons des ombres pressées et maladroites, concentrées sur de fastidieux calculs d’apports caloriques.

Kris est un trail Angel qui a la trentaine, une casquette des Sox sur la tête et une belle collection de tatouages. Je suis avec Recon. Kris me demande d’où je viens, mais la France, il a du mal à la localiser

– C’est vers l’Espagne ? »

– oui, c’est ça

– et c’est comment la France ?

J’étais pas préparé à ça. Je fais de mon mieux pour rassembler mes idées et    résumer ma vision de la France en une phrase.

– c’est un pays magnifique dans lequel les gens n’ont pas le moral.

– pourquoi vous avez pas le moral ?

Ah zut, il lâche pas facilement le morceau le Kris.

– je pense qu’on manque de confiance en nous et qu’on a peur de l’avenir.

Il a l’air très surpris et je le vois réfléchir. Aïe, qu’est ce qu’il va me demander ? Heureusement, nous arrivons au départ du trail. On se salue. Je ne suis pas sûr d’avoir été un bon embassadeur.

Le trail oblique maintenant nettement vers l’ouest pour éviter le désert de Mojave qui nous barre la route. Il suit la croupe en fer à cheval qui entoure le lac de Big Bear. C’est un chemin facile dans une belle forêt avec de temps en temps de très beaux points de vue sur le lac à gauche et à droite sur le désert de Mojave. Il y a 2 points d’eau où je peux bivouaquer. Le premier est à 9 miles, le deuxième à 20 miles. Il faut que j’avance. Ce sera 20 miles.

Les heures passent. Pourquoi ne s’ennuie t-on pas quand on marche ? Bien-sûr, on ressent la fatigue, le sac qui tire sur les épaules. Et l’arrivée au bivouac est un très bon moment de la journée. Mais l’ennui, non. Bercement de la marche, curiosité de ce qu’on va découvrir derrière l’épaule qui est devant nous. Et puis, cette envie gourmande de découvrir la prochaine vallée, la prochaine montagne ou la prochaine ville où on fera étape.

18h, arrivée au bivouac après une belle journée.

12 mai, mile 286 à 305

La descente tranquille se poursuit dans une petite vallée où coule une rivière. Pas de problème pour l’approvisionnement en eau. Ça vous paraît peut être une évidence qu’il y ait une rivière dans une vallée. Mais ce n’est pas le cas en Californie. Ici, beaucoup de vallées accueillent des rivières saisonnières qui ne coulent plus à partir du mois d’avril. Les récents incendies n’ont pas réussi à défigurer totalement le paysage. Vers 1500m, la garrigue prend le dessus sur les sapins.

Babet de compèt’

Vers 13h, la rivière Mojave enfin atteinte m’offre une longue pause.

Recon m’a indiqué son intention de bivouaquer juste avant hot creek pour profiter de cet endroit singulier le lendemain matin quand il ne sera pas trop fréquenté. Je trouve que c’est une bonne idée et on décide de bivouaquer ensemble. Nous descendons la vallée de la rivière Mojave en suivant un sentier en balcon avec de belles perspectives sur la rivière qui coule tout en bas.

Recon n’a pas d’égal pour trouver un site de bivouac. C’est de là que vient son trail name d’ailleurs. (Recon = éclaireur). Nous voilà bien posés. On a le ventre bien rempli. Il est 20h, l’heure où le hiker se glisse dans son sac de couchage. On a prévu un départ matinal demain.

13 mai, mile 305 à 328

Comme on l’avait convenu, la marche reprend à 5h30. Les plus hauts sommets qui dominent la vallée sont déjà caressés par le soleil. On est plein d’énergie et confiants dans la beauté de la journée à venir.

A 7h, nous arrivons à hot creek. C’est une source d’eau chaude où nous nous prélassons un moment dans une eau à 40 degrés. On aimerait y rester des heures, mais il faut avancer. Il me reste trois jours de nourriture et Wrightwood est encore loin.

Recon et Pepe sont dans leur bain

Les gorges de la rivière Mojave s’ouvrent enfin sur et le parcours de poursuit à flanc de ce qui ressemble à une très grande moraine. Le soleil tappe très fort maintenant et les parapluies sont sorties des sacs à dos pour protéger les hikers. Zpacks propose un astucieux système qui permet de fixer son parapluie à la bretelle de son sac. J’aurai le mien dans quelques jours. En attendant, je cuis à feu doux.

Ceux qui disent qu’on ne s’ennuie pas en marchant sont des menteurs ! La fin du parcours le long de silverwood Lake a été interminable. C’est promis, je vais passer au mode podcast pour faire passer plus vite ces longues heures de marche sans grand intérêt.

Lac de silverwood

18h30, enfin on pose le sac ! Ce soir on plante la tente dans un camping et Recon a réussi à commander des pizzas. Il est trop fort !

14 mai, mile 328 à 347

Départ 5h45. L’objectif du jour est de parcourir les 13 miles qui nous séparent du MacDo de wagon trail road. Une fois qu’on aura le ventre plein de Junk food, on avisera.

Dernier regard sur le lac de silverwood
Au loin les montagnes de Wrightwood

Sans parler des paysages, le sentier lui même est très esthétique. Le tracé du PCT met un point d’honneur à ne pas emprunter les routes ou les chemins forestiers. En tous cas jusqu’à présent. Si tu t’aperçois que tu marches sur autre chose qu’un sentier depuis plus de 300m, c’est que tu t’es trompé d’itinéraire. Un sentier de 4200km quand-même. Bravo les gars !

14h30, la panse est pleine et on a repris des forces à l’ombre d’un hêtre sur le gazon de la station service. Le vent fort et le puissant fond sonore de l’autoroute et de la voie ferrée tout proches nous aident à reprendre la route pour atteindre un site de bivouac à 6 miles. Il n’y a pas d’eau sur les 30 prochains miles, mais Guthook* nous indique une water-cache* probable à notre point de bivouac de ce soir. On part du MacDo avec 3 litres d’eau. Inchallah ! Après s’être extirpé de cette vallée bruyante, l’itinéraire joue avec le relief et la lumière dans un cadre exceptionnel.

Trouvez Recon !

Des gallons d’eau nous attendent comme on l’espérait à notre point de bivouac. A 17h30, la tente est montée. Même pas fatigués !

15 mai, mile 347 à 369

5h45, départ pour une (très) longue montée vers le mont Wright (2600m) qu’on atteint après 7 heures de marche.

C’est moi ça ?
Recon en plein travail pour trouver un trail Angel en mesure de nous récupérer à highway 2

Par une croupe descendante on rejoint la highway 2 où un trail Angel vient nous récupérer.

Hiker town sous le mont Wright
Les pistes de ski de Wrightwood et au fond le désert de Mojave

Recon souhaite passer un zero day à Wrightwood parcequ’il veut se débarrasser de douleurs dans les pieds qui lui gâchent le chemin. Un nero-day* aurait été OK pour moi. Mais après tout, pourquoi pas ? On a bien marché jusqu’ici. Va pour un zero day. Recon a choisi de se faire héberger chez un trail Angel qui a une ferme un peu excentrée. Je préfère rester en ville pour profiter de ses commodités. Mauvaise idée ! L’hébergement à Wrightwood est compliqué. Je galère. Coup de flip. Je trouve finalement, mais je me fais plumer. C’est la vie.

Bon, je vous laisse. Il faut que j’aille au Canada.

* nero-day : abréviation de near zero-day. On ne passe qu’une seule nuit en ville.

*Water-cache : réserve d’eau destinée aux hikers et entretenues par des Trail Angels.

*Guthook : application utilisée sur le PCT :. Tracé GPS, informations diverses, réseau social des hikers, ….


10 réflexions sur “Big Bear – Wrightwood

  1. Salut Nico,
    je découvre le blog et ton aventure depuis … Trixell … , où Olivier m’a passé le lien.
    Les textes et photos me font bien rentrer dans ce monde des hikers : que de chemin à parcourir avec patience et ravissement, que de rencontres aussi. Gratitude. La vie n’est plus la même.
    Mes pensées d’accompagnent. A+ Laurent

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  2. J’ai enfin rattrapé mon retard sur ton aventure ! Trop content de voir que tu te régales ! Les paysages sont vraiment top, à chaque photo j’ai l’impression qu’un amérindien est sur le point de surgir avec un son cheval orné de plume. Ca change du Pays de Galles ou durant les treks, le plus grand danger n’est représenté par guerre plus que des moutons broutant paisiblement l’herbe. Aussi, je suis aussi très impressionné par l’efficacité des « trail Angels » qui semblent porter leur nom à merveille !
    Pleins de bisous de Swansea ! Hâte de connaître la suite de ton périple ! ENJOYYYYYY

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  3. Salut Frérot. Un peu surmené pour te suivre au départ. Quoique j’ai pu voir tes aventures marocaines sur insta. Quel stress mama mia ! Quels beaux paysages. Ces gours à 40° , impressionnant. Merci pour le partage. Bises .

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  4. Bonjour pépé-donqui-nico
    Quel bonheur de suivre tes aventures ! Je viens de passer 45 minutes de pur délice.
    Bravo pour tes talents de narrateur et surtout d’avoir eu ce courage peu commun de te
    lancer dans cette belle aventure du PCT.
    Je suis fier d’être ton beau frère et ami.
    Vivement la suite.
    Bon vent vers le canada

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  5. Sympa de te suivre à la trace en fluotant chaque nouvelle étape parcourue sur la carte affichée dans mon bureau, juste au-dessus de mon écran… Bises énergisantes avec ingrédients secrets dedans + des embruns de Méditerranée + un peu de mistral pour te rafraîchir les idées.

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  6. Ah merci Pépé pour ce joli début de semaine que tu m’offres ce lundi, quel beau cadeau que de nous partager ta trace, tes rencontres. J’aime t’entendre par les des trails angels, des liens qui se tissent, de nous tous qui te lisons et qui voyageons un peu grâce à toi. J’aime cette aventure humaine. Je comprends de mieux en mieux ton envie si forte pour ce voyage. Et sinon, peut-être ai-je rate un épisode, mais comment va ton genou ?

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    1. Tes commentaires me font toujours un grand plaisir Catherine. Merci ! La pause à Big Bear et le redémarrage en douceur ont fait disparaitre la douleur au genou. Plus un seul anti-inflammatoire pris depuis une semaine !

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  7. Merci pour ce nouvel épisode et ravi d’avoir vu quelques images du désert de Mojave et de la rivière du même nom. Pour les utilisateurs de matériel Apple, Mojave a été le nom de code d’un système d’exploitation ; c’est sympa de voir un ancien OS en photos.
    No niouzes du genou farceur. No niouzes goude niouzes ?
    Dans la tente (chacun la sienne !) du prochain épisode.
    Des bises depuis Les Mazeaux.

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    1. Tu peux pas imaginer Monsieur Pif le plaisir de lire tes commentaires !
      Il semble bien que le long jour de repos pris à Big Bear et le redémarrage en douceur du parcours vers Wrightwood ont fait disparaitre la douleur au genou. J’ai également constaté que mes chaussures étaient au bout de leur vie. Changement de chaussures hier à Wrightwood pour une paire qui a un très bon amorti (Altra Olympus 4).

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  8. Merci Don Quichotte, nous suivons dès que possible et vivons ton trail par procuration !
    Un vrai plaisir authentique loin de la consommation !
    Encore merci de nous le faire partager et à suivre !

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