Idyllwild – Big Bear

5 mai  : mile 180  à 190

Petit déjeuner en terrasse avant l’épreuve. Départ 8h30 de Idyllwild  (1601m). Je dois d’abord retrouver le trail à pied : environ 3 heures de marche (pas chanceux avec le stop cette fois). Sur le chemin, je suis abordé par Jana, une ranger du parc de San Jacinto. Étonnée que je n’ai pas encore de trail name, elle me baptise immédiatement Pépé, personnage de cartoon bien connu ici. C’est un petit putois en quête de romance qui parle anglais avec un fort accent français. Ok, je sens mauvais, un peu comme tous les hikers d’ailleurs, mais bon, je ne suis pas enchanté. D’un autre côté, je ne veux pas d’ennuis avec les rangers et  Jana est quand-même très sympa. Va pour Pépé !

Je fais le détour par le mont San Jacinto qui culmine à 3288m.  Avec mon stock de nourriture pour 5 jours, le sac doit taquiner les 15kg. Cahin-caha je suis là haut vers 14h. La vue est spectaculaire.

Demain, on redescend tout en bas

Les petits névés qui parsèment la redescente du Mont San Jacinto ne me compliquent pas trop la tâche. Les micro crampons restent au fond du sac.

La suite se déroule sur une longue ligne de crête élégante, mais je n’en vois pas la fin.

J’arrive au campground (2350m) vers 19h30. Je suis accueilli par un trail Angel et un groupe de hikers autour d’un barbecue en train de préparer des hamburgers et des hot-dogs. Vive le PCT !

Vers 21h, je suis dans mon duvet, épuisé par cette longue journée.

6 mai : mile 190 à 210

Départ 6h45 pour une longue (mais alors très longue) descente en face Est dans la vallée de Cabazon (350m). Le parcours débute dans un joli paysage de sapins et de granit, mais très vite, il cède la place à un paysage aride.

Mile 200. Youpi !
On voit vraiment des animaux bizarres en Californie !

Le soleil tappe fort et je dois m’arrêter souvent pour me désaltérer. J’arrive éprouvé à 13h au point d’eau qui annonce la fin de la descente. Mais celui-ci n’offre aucun ombrage. J’avise sur la route qui monte au château d’eau un bosquet prometteur. Une pancarte en interdit l’entrée de manière ronflante à l’américaine. Un mètre derrière la pancarte une petite surface ombragée me tend les bras. Au moment même où je franchis la pancarte, un type avec une grosse étoile de shérif accrochée à une chaîne autour de son cou arrive sur son quad pour me demander de déguerpir illico afin de ne pas menacer l’approvisionnement en eau de la vallée. J’insiste pas, bien content de ne pas avoir été arrêté et pendu haut et court. Derrière cette anecdote, on devine la tension extrême sur l’approvisionnement en eau en Californie.

Vers 16h, le soleil est moins ardent et un peu de vent atténue l’effet de la température. Je repars avec Frish pour traverser la vallée et atteindre un tunnel sous l’autoroute. On décide de dormir ici. C’est un peu sordide, mais nous aurons une bonne protection contre le vent. Et puis, Mama Bear, la trail Angel du coin a laissé moult boissons fraîches, gâteaux, avocats et fruits qui font notre bonheur. Le bruit des camions et des trains qui passent au dessus de notre tête est assourdissant, mais on est tellement épuisés qu’on s’endort vite.

7 mai, mile 210 à 229

Départ 5h30 pour s’élever avant l’arrivée des grosses chaleurs. Pas d’objectif aujourd’hui car les deux dernières journées ont été éprouvantes. Je laisse Frish partir devant car il a décidé d’accélérer le rythme. Son objectif est d’atteindre le Canada avant fin août. On a commencé à marcher le même jour et on a partagé de nombreux bivouacs. J’ai du regret à le voir s’éloigner. Frish est israélien. Il a un cœur gros comme ça et des jambes qui marchent très vite. Il a 23 ans, il vient de finir son service militaire de 5 ans en Israël et il va commencer son cycle universitaire. Vue sa forme physique, on devine qu’i n’a pas dû faire que jouer aux cartes au fond d’une caserne pendant son service.

Je retrouve du plaisir à marcher sur un chemin qui circule gentiment d’une vallée à une autre et je m’offre une bonne siesta au moment le plus chaud.

La dernière partie se déroule dans une gorge parfois étroite et le chemin pas toujours évident emprunte le lit de la rivière Mission creek.

Je trouve un bel espace de bivouac bien protégé. C’était une belle journée.

Samedi 8 mai, mile 229 à 248

Départ 5h45. Gros changement de décor aujourd’hui

Après encore 2 heures à crapahuter dans le lit sablonneux de Mission creek, une méchante montée doit nous amener à 2600m dans un environnement d’altitude. Les jambes sont lourdes et j’avance plus difficilement. Je pense que je ne me suis pas assez alimenté. La nourriture que je trouve dans mon sac est tellement mauvaise que je dois me forcer à manger. Il va falloir que je me force davantage. Bref, après une bonne pause casse croûte, ça repart un peu mieux. Zut, il n’y a pas d’eau sur la deuxième moitié de la journée et jusqu’à demain midi. Et hop 5 litres d’eau supplémentaires viennent charger un peu plus mon sac.

Le trail circule encore une fois tristement dans une forêt incendiée.

Sur les derniers miles, les jambes montrent des signes de fatigue. Les bras et les épaules prennent le relais. Et quand à leur tour, ils sont proches de l’épuisement, c’est le mental qui permet d’avancer encore. Tout ça fait quand même une sacrée belle équipe !

Une fois passé le col, je suis une belle ligne de crête jusqu’à mon point de bivouac où j’arrive vers 18h.

Dimanche 9 mai, mile 248 à 266

Cette nuit, une douleur sournoise s’est emparée de mon genou gauche. Comme chaque fois dans ce genre de situation, je gamberge. Le matin, j’observe que la douleur s’atténue dès que je me mets en mouvement.

Option 1 (raisonnable) : parcourir les 2 miles qui me séparent de la route et me rendre en stop pour un zéro day à Big Bear. Revenir plus tard toujours en stop là où j’ai abandonné le trail.

Option 2 (joueuse) : parcourir les 18 miles qui me séparent de la route de Big Bear en espérant que le genou tiendra.

500mg de naproxene plus tard (anti-inflammatoire), je choisis l’option 2.

Le chemin circule gentiment dans une jolie forêt avec de belles perspectives sur le plateau. Il y a de l’eau sur le chemin. Le sac est léger. Le genou semble bien supporter la charge.

C’est la fête des mères aujourd’hui* ! J’aimerais appeler ma maman. Je me presse pour atteindre le réseau téléphonique de la ville. Après une marche de 16 miles sans pause, il est 12h30 et toujours pas de réseau. Je jette l’éponge.

*j’ai appris par la suite que la fête des mères, c’est le 30 mai France.

Au moment où j’arrive à la route de Big Bear, Recon essaye désespérément de se faire prendre en stop pour atteindre la ville. Je me joins à lui et bien sûr ça n’arrange rien. On est au bord de cette route en plein soleil comme 2 saucisses sur un barbecue. Un trail Angel arrive. « Salut Recon et Pépé ! Montez, je vous conduis à Big Bear ». Encore un tour de magie du PCT ? Notre ange s’appelle Gorn. Il nous confie que Victoria, une hikeuse avec laquelle on a marché ces derniers jours l’a prévenu que nous arrivions. Il nous fait visiter la ville assez étendue et nous laisse au « village » qui est son épicentre.

Merci Gorn !

Big Bear est un village cossu qui borde un lac de montagne et c’est aussi une petite station de ski.

Allez, je vous laisse. Faut que j’aille au Canada.


9 réflexions sur “Idyllwild – Big Bear

  1. Let’s go Nico ! me voilà connecté à ton récit – continue de nous abreuver des tes aveantures ! je pense que le côté poivre et sel de la barbe a du influencer Jana pour le surnom 😉

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  2. En espèrent que les commentaires on Anglais ne sont pas contraire à la déontologie du site 😉 … et c’est promis je ne tente pas l’allemand!
    Hi Nico,
    Thanks a million for your wonderful reports. They are a real pleasure to read. I hope your « mechanical » problems remain under control but I know you are strong! Take care and enjoy, and thanks once more for sharing with us!

    Aimé par 1 personne

  3. Hi Nico,
    Thanks a million for your wonderful reports. They are a real pleasure to read. I hope your « mechanical » problems remain under control but I know you are strong! Take care and enjoy, and thanks once more for sharing with us!

    Aimé par 1 personne

  4. Visiblement je ne maitrise pas encore les commentaires ..
    Ce qui est sur c’est que Jana n’est pas encore contaminée par le phénomène de « Cancel culture » qui fait que Pépé le Putois a disparu des écrans…ben oui quoi : un Frenchie qui embrasse les petites minettes sans leur consentement !
    Bon , ne profite pas de ce statut pour faire une mauvaise réputation aux Français
    Repose toi bien avant les prochains jours

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  5. Ce sont les aventures de Pépé Nico en Amérique.
    Le pied se meut, le soleil frappe, putain de sentier. Le regard parfois s’évade, perdu dans l’immensité sèche, tandis que l’esprit vagabonde, entre rencontres improbables et douleurs sournoises.
    En France, les amis veillent et s’émerveillent.
    Merci à Heinrich Hertz qui a découvert les ondes électromagnétiques et permet la connexion par-delà les océans…
    Avance, ami, un pas, puis un pas, encore un, et un autre.
    Et si tu t’ennuies, médite avec Lao Tseu : « le but ce n’est pas le but, c’est la voie »

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  6. Pépé le putois…. Bah pourquoi pas finalement ? Dans la symbolique « Cet animal dispose d’une saine confiance en lui. Tout son comportement manifeste la tranquille sérénité d’un être qui est conscient de sa force et de son pouvoir. ». Bon, tu vois finalement, c’est plutôt sympa.

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